Le Centre Bahreïnite pour les Droits de l’Homme (BCHR) est vivement préoccupé par les récentes mesures répressives du gouvernement bahreïnien, spécifiquement à l’encontre des femmes défenseurs droits de l’homme. Nous condamnons avec la plus grande fermeté les actions menées par les autorités et appelons à la réconciliation.

Dans sa nouvelle tentative d’entraver et de limiter le travail des défenseurs des droits de l’homme à Bahreïn, le gouvernement a imposé une interdiction de voyager à Enas Oun, responsable de la section de surveillance et de documentation du BCHR. Ce matin, le 22 août 2016, alors qu’elle se rendait à un atelier sur les droits de l’homme en Tunisie, elle a été bloquée par les autorités bahreïniennes à l’aéroport international de Bahreïn. Les autorités l’ont informé qu’elle ne pouvait voyager en raison d’un ordre émanant la veille, le 21 août 2016, du Département des enquêtes criminelles (CID). Le BCHR estime que par l’application de tels interdictions, le gouvernement de Bahreïn poursuit ses tentatives d’empêcher la promotion en faveur des droits de l’homme, de sévir contre les activistes et de restreindre leurs mouvements.

Une autre militantes des droits de l’homme ciblée par les autorités est Ghada Jamsheer, écrivain, blogueuse et présidente du Comité des pétitions des femmes (WCP), un réseau de femmes défenseurs des droits de l’homme menant une campagne pour la réforme des lois de la famille de Bahreïn. Le 15 août 2016, les autorités bahreïniennes ont arrêté et détenu Jamsheer dès son arrivée, depuis Londres, à l’aéroport international de Bahreïn. A ce jour, elle n’a pas été libérée ni autorisée à communiquer avec sa famille ou son avocat. Le 22 juin 2016, un tribunal bahreïnien a confirmé la peine de un an de prison contre Jamsheer sur des accusations relatives à des remarques qu’elle a faites sur le site web et réseau social Twitter, concernant la corruption des membres de la famille régnante de Bahreïn dans un des hôpitaux dirigés par le gouvernement.

Ce n’est pas la première fois que Jamsheer a été ciblée par les autorités bahreïniennes. Elle a été effectivement bannie de tous les médias du pays et son blog a été bloqué à Bahreïn depuis 2009. Jamsheer a précédemment été arrêtée et détenue en septembre 2014 pour une durée de trois mois pour des accusations de diffamation via Twitter dans la même affaire. Quelques mois plus tard, en mars 2015, les autorités lui ont imposé une interdiction de voyager après qu’elle ait tenté de prendre un vol pour la France afin de recevoir un traitement médical. En juin 2015, Jamsheer a aussi été condamnée dans une affaire de diffamation à un an et huit mois d’emprisonnement  pour avoir tweeter sur la corruption à l’hôpital King Hamad.

Une autre victime de la répression du gouvernement à l’encontre des femmes défenseurs des droits de l’homme est la journaliste, militante des droits de l’homme et victime de la torture Nazeeha Saeed. Saeed a reçu une interdiction de voyager en juin 2016, les autorités l’ont convoqué pour un interrogatoire à propos de son travail dans les médias, l’accusant de ne pas avoir l’autorisation obligatoire gouvernementale et a finalement reçu une amende d’un montant équivalent à 2 650 $ USD.

Plus tôt cette année, l’activiste Zainab Al-Khawaja a été arrêtée et détenue en même temps que son fils de 15 mois. Bien qu’elle ait été relâchée le 31 mai 2016 pour « raisons humanitaires » à la suite d’une pression internationale, elle a été menacée de détention pour une durée indéterminée si elle ne quittait pas le pays. En définitive, elle a été forcée de partir en exil au Danemark en juin 2016. Zainab, tout comme sa sœur Maryam Al-Khawaja, a été précédemment arrêtée et condamnée à la prison par les autorités bahreïniennes.

Le BCHR estime que le gouvernement de Bahreïn essaie de réprimer les défenseurs de droits de l’homme et de restreindre leurs mouvements ainsi que leurs moyens de mobilisation. Ces derniers mois, cela a mené à une extension du contrôle des médias et de la censure, une hausse des interdictions de voyager et des révocations de citoyenneté, tout comme la répression qui l’accompagne et l’utilisation excessive de la force. Les militantes des droits de l’homme a été un des principaux groupes ciblés par les autorités. Jamsheer, Oun, Al-Khawaja et Saeed sont seulement quelques femmes subissant des violations de leurs droits et de leurs libertés. Actuellement, quatre femmes sont en détention pour des accusations motivées par des considérations politiques en lien avec la liberté d’expression.

Le BCHR affirme que ces mesures et ces condamnations contre les femmes défenseurs des droits de l’homme citées précédemment sont en violation directe de leur droit à la liberté d’expression et leur droit à la libre circulation. De plus, le BCHR demande aux autorités à :

-Libérer immédiatement Ghada Jamsheer et l’autoriser à entrer et à quitter le Bahreïn librement.

-Révoquer immédiatement toutes les réglementations qui restreignent et entravent les droits de l’homme et les libertés élémentaires stipulés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme.

-Cesser immédiatement le ciblage des activistes et des défenseurs des droits de l’homme dans toutes les affaires qui enfreignent le droit international.