Le Centre Bahreïnite pour les Droits de l’Homme (BCHR) est gravement préoccupé par le ciblage permanent de ses membres. Dorénavant, toutes les personnalités publiques du BCHR à l’intérieur de Bahreïn ont l’interdiction de quitter le pays, certains sont détenus ou/et jugés.

Dans la période précédant la 33ème session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies (CDH) qui s’est tenue à Genève, le gouvernement de Bahreïn, une fois de plus, a pris des mesures pour entraver le travail des défenseurs des droits de l’homme et des membres du BCHR en leur imposant des interdictions de voyager et en les empêchant de quitter le Bahreïn. De telles mesures constituent une autre étape d’une série de mesures prises par les autorités de Bahreïn au cours des derniers mois pour malmener le travail du BCHR et gêner nos efforts de sensibilisation internationale.

Dans sa nouvelle tentative pour entraver l’activité du BCHR, le gouvernement de Bahreïn a imposé une interdiction de voyager à Nedal Al-Salman, la responsable des relations internationales du BCHR, le 29 août 2016. Basée sur un ordre du ministère public, elle a précisé qu'elle n'était pas autorisée à quitter le pays depuis l’aéroport international de Bahreïn. Al-Salman avait prévu de se rendre à Genève pour participer à la 33ème session du CDH, particulièrement dans le but de faire entendre ses préoccupations et attirer l’attention sur la récente répression du gouvernement, déjà longue de plusieurs mois, sur les défenseurs des droits de l’homme et sur les membres de la société civile à Bahreïn.

Le 23 août 2016, un membre de l’équipe de documentation du BCHR, Hussain Radhi, n’a pas été autorisé à quitter le Bahreïn. Il a été informé par des responsables à l’aéroport qu’une interdiction de voyager lui a été imposée sur la base d’un ordre émanant du Département des enquêtes pénales (CID). Lorsque Radhi s’est rendu au ministère public pour demander le retrait de l’interdiction de voyager, sa requête a été rejetée et il a été mis au courant qu’une procédure était ouverte à son encontre pour des remarques faites sur Twitter, son but aurait été de « propager de fausses nouvelles et d’inciter à la haine du régime ». Les autorités n’ont pas informé officiellement à Radhi  l’existence de ce procès auparavant, pas plus qu’il n’ait été interrogé pour ces accusations.

Ce n’est pas la première fois que Radhi se voit empêcher de voyager. Le 12 juin 2016, les autorités l’ont empêché de quitter du pays pour participer à la 32ème session du CDH à Genève. L’année dernière, Radhi a été jugé pour participation à rassemblement illégal et a été acquitté.

Le 22 août 2016, Enas Oun, responsable de la section de surveillance et de documentation du BCHR, a été bloquée par les autorités bahreïniennes à l’aéroport international de Bahreïn, alors qu’elle se rendait à un atelier sur les droits de l’homme en Tunisie. Les autorités lui ont fait savoir qu’elle ne pouvait voyager sur un ordre émis la veille par le CID.

Les autorités bahreïniennes ont arrêté le président du BCHR Nabeel Rajab le 13 juin 2016. Ils ont commencé un procès à son encontre pour des accusations en lien avec des remarques faites sur Twitter sur la torture dans la Prison Jau de Bahreïn et sur le conflit au Yémen. Il attend son procès du 5 septembre 2016.

Rajab souffre des mauvaises conditions de détention depuis son arrestation. Par conséquent sa santé s’est détériorée. Il a été transféré à l’hôpital plusieurs fois. Plus récemment, le 25 août 2016, il a souffert d’essoufflement et de douleur thoracique. Ce n’est pas la première arrestation de Rajab ; il a été fréquemment arrêté depuis 2011 et a été détenu pour un total de deux ans entre 2012 et 2015 en violation de son droit de liberté d’expression. Préalablement à son arrestation, Rajab a été arbitrairement empêché de voyager depuis 2014.

En raison de ses efforts pour dévoiler les abus et de sensibilisation, le BCHR est devenu une cible fréquente de la répression du gouvernement. Les autorités ont dissous le BCHR en novembre 2004 à la suite d’un discours du défenseur des droits de l’homme Abdulhadi Al-Khawaja, le président du BCHR à l’époque, dans lequel il a critiqué le premier ministre. Depuis 2010, il ne s’est pas passé une seule année où au moins un des membres de la direction du BCHR n’était pas en prison. De plus, le vice-président du BCHR Said Yousef Al-Muhafdah a été forcé de partir en l’exil en Allemagne après qu’il ait été la cible d’une arrestation arbitraire pour son travail en faveur des droits de l’homme. Le site web du BCHR est bloqué au Bahreïn et les liens alternatifs sont fréquemment bloqués afin d’interdire aux habitants locaux d’avoir accès aux bases de données sur les droits de l’homme publiées par le BCHR.

Les militants et les défenseurs des droits de l’homme visés par la répression et les interdictions de voyager comprennent : Ahmed Al-Safar et Ebtisam Al-Saegh de l’Organisation Européenne-Bahreïnienne pour les Droits de l’Homme, l’avocat Mohammed Al-Tajer, Isa Al-Ghayeb directeur du Centre Lualua pour les Droits de l’Homme et d’autres qui préfèrent rester anonymes.

Le BCHR estime que par la mise en application des interdictions de voyager et la poursuite des défenseurs des droits de l’homme sont des tentatives pour empêcher tout travail en matière de droits de l'homme et dissimuler les violations des droits de l’homme dans le pays. Les mesures sont en violation directe du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) dont le Bahreïn est signataire. L’Article 12(2) du PIDCP déclare que « toute personne est libre de quitter n'importe quel pays, y compris le sien » tandis que l’Article 19 garanti le droit à la liberté d’expression.

Compte tenu de ce qui précède, le BCHR appelle donc le gouvernement de Bahreïn à :

  • Assurer le droit à la liberté de mouvement garantie par le PIDCP et la Constitution bahreïnienne en révoquant toutes les interdictions de voyager en cours dans le but de laisser les défenseurs des droits de l’homme voyager librement.

  • Faciliter la coopération avec les institutions de l’ONU et s’abstenir de toute mesure qui pourrait interférer avec l’activité des défenseurs des droits de l’homme.

  • Relâcher immédiatement tous les défenseurs des droits de l’homme et les prisonniers politiques, dont Nabeel Rajab et Abdulhadi Al-Khawaja, qui sont emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinions ; et

  • Assurer le droit à la liberté d’expression et à la liberté de parole à Bahreïn, comme cela est garanti par le PIDCP et s’abstenir de toute mesure de représailles à l’encontre du droit à la liberté d’expression.