Le 5 septembre le ministère public de Bahreïn a poursuivi un célèbre activiste pour les droits de l’homme, Nabeel Rajab, après que le New York Times ait publié sa lettre écrite en prison. M. Rajab a été maintenu en détention pour des accusations relatives à sa liberté d’expression sur Internet depuis le 13 juin, une peine de 15 ans d’emprisonnement pèse à ce jour sur lui. L’Institut Bahreïnien pour les Droits et la Démocratie, Américains pour la Démocratie et les Droits de l’Homme à Bahreïn, le Centre Bahreïnien pour les Droits de l’Homme et Index on Censorship condamnent toutes les charges pesant sur Nabeel Rajab et appelle à sa libération immédiate.

Le 4 septembre, le New York Times a publié une lettre de M. Nabeel Rajab écrite lors de sa détention. Dans cette lettre, il affirme qu’il a été réduit au silence après sa libération en juillet 2015. Il a en outre révélé comment une rencontre avec le secrétaire d’État américain John Kerry l’a conduit à se faire interroger par une unité de la cybercriminalité de Bahreïn.

M. Nabeel Rajab a été convoqué à un interrogatoire par la direction des enquêtes criminelles le 4 septembre et interrogé par des responsables à propos de cet article. Il a été aussi entendu par le procureur général. Il s’est vu refuser l’accès à un avocat à ces deux occasions.

Une déclaration publiée aujourd’hui par le ministère public annonce que M. Rajab a été accusé de « diffusion volontaire de fausses nouvelles et de rumeurs malveillantes à l’étranger dégradant le prestige de l’État ». Ce motif d’accusation peut mener à une peine additionnelle de un an de prison.

Sayed Ahmed Alwadaei, le directeur de la promotion des droits à l’Institut Bahreïnien pour les Droits et la Démocratie a déclaré que « Tout le monde peut lire les mots de Nabeel Rajab dans le New York Times et ainsi voir comment cette accusation –  qui est totalement contraire à la liberté d’expression –  est lamentable. Au moment même où les autorités sont en train de punir quiconque à une opinion divergente, cette attaque contre la liberté la plus élémentaire et universelle n’a fait que provoquer davantage d’instabilité ».

L’Institut Bahreïnien pour les Droits et la Démocratie a discuté avec les avocats de M. Rajab qui ont déclaré que le ministère public leur a refusé d’assister à l’interrogatoire. Bien que renseigné sur l’interrogatoire au ministère public, pendant que M. Rajab était interrogé, les responsables ont nié ce fait. L’avocat n’a pas été informé de la tenue d’un interrogatoire par la direction des enquêtes criminelles.

Jodie Ginsberg, la dirigeante d’Index on Censorship a déclaré qu’« Index on Censorship est révolté de cette nouvelle mesure de Bahreïn pour étouffer la liberté d’expression de Nabeel Rajab. Les alliés de Bahreïn – particulièrement le Royaume-Uni – doivent dénoncer, condamner publiquement cette accusation et appeler à la libération immédiate de Nabeel ».

Depuis 2011, M. Rajab a fait face à de nombreuses inculpations et peines de prison pour son activisme notoire. Une interdiction de voyager lui a été imposée en 2014 le laissant dans l’impossibilité de quitter le pays. Il fait l’objet de nouvelles poursuites pour « insulte à un organisme d’État », « insulte à un pays voisin » et « diffusion de fausses rumeurs en temps de guerre ». Toutes sont en lien avec des commentaires tweetés ou retweetés sur Twitter en 2015 à propos de la torture à la prison Jau de Bahreïn et sur la crise humanitaire causée par la guerre menée par l’Arabie Saoudite au Yémen. Il encourt jusqu’à 16 ans de prison s’il est reconnu coupable. Son procès a été de nouveau reporté aujourd’hui au 6 octobre 2016 pour statuer et le juge a rejeté les nouvelles demandes de libération. Au tribunal, Rajab a dit au juge qu’il considérait les accusations à son encontre comme « perfides » et que cette arrestation est une conséquence de sa rencontre avec John Kerry.

Husain Abdulla, le directeur général d’Américains pour la Démocratie et les Droits de l’Homme à Bahreïn a déclaré que « Tout cette affaire contre Nabeel Rajab est une honte depuis le début, et cette nouvelle accusation montre qu’elle n’est rien d’autre qu’une attaque contre l’exercice pacifique de la liberté d’expression. Il est temps pour Washington d’envoyer un message fort à son allié en lui disant qu’il ne tolérera plus une répression si flagrante en suspendant toute vente d’armes au régime des Al Khalifa ».

Étant signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Bahreïn a l’obligation de respecter les droits des individus à la liberté d’expression. Ce droit inclut la liberté d’expression sur Internet. Toute personne accusée pour des crimes a droit de recevoir un procès équitable avec un avocat. Avoir accès à la justice est un principe fondamental de l’État de droit et tous les individus doivent avoir accès à l’avocat de leur choix à tous les stades de la procédure judiciaire.